Le Lycanthrope, Louis CHOPINET (4è2), mai 2014.

Ceci est une nouvelle fantastique.

Le Lycanthrope

Je n’avais jamais été passionné par les zoos. Les animaux et moi ça faisait deux. Rien à faire, j’étais complètement fermé au monde animal. Pourtant, cette fois-là, à l’occasion de l’ouverture du zoo de ma ville, j’y étais allé.

Il n’avait rien de spécial ; au contraire, il était entièrement dans la simplicité et je ne le trouvais assurément pas à mon goût.

Pourtant, il y en avait qui semblaient indifférents au style banal de l’endroit. Les animaux. C’étaient bien les seuls.

Ce qui allait se passer, sans aucun doute, ne contribuerait certes pas favorablement à l’image du zoo.

À un endroit, on avait aménagé une butte artificielle, de pierre grise, qui dominait le reste des enclos, pour les ours bruns. Juste en contrebas, il y avait un grand espace pour les onze loups du zoo, pour qu’ils puissent courir et uriner un peu partout. Complètement inutile à mon sens.

Je dépassai le grand panneau indiquant le nom, la provenance et l’espèce de chacun des onze loups.

Je montais les incessantes marches taillées dans le granit (ou le béton, je n’en savais rien) de l’enclos des ours, quand j’entendis un cri d’enfant. Je me retournai brusquement, et vis, de ma position en hauteur, un loup qui venait apparemment de bondir par dessus la grille, et qui humait l’air avec application. De façon peu naturelle je l’avoue, il se dirigea en quelques foulées rapides comme seuls les monstres canins peuvent le faire, droit sur moi. Il n’eut aucune difficulté à gravir les marches qui nous séparaient, et se retrouva bientôt juste devant moi – j’étais pétrifié de peur – mea bientôt juste devant moi – me montrant les crocs d’un air menaçant. Une lueur étrange brillait dans ses yeux dorés… Presque humaine.

J’ai très peu de souvenirs de ce moment-là, de cette lutte entre son regard d’ivoire et le mien, mais il me semble que quelqu’un me cria de ne pas bouger, pour ne pas l’effrayer. Comme si un pauvre homme comme moi allait effrayer un prédateur, comme cette créature abject que j’avais devant moi.

Des onze loups du zoo, il fallait que je tombe sur le plus gros, à l’épaisse fourrure noire et aux crocs longs et effilés tels des couteaux.

Quelqu’un dut tenter de faire un geste malheureux, car soudainement, la bête se jeta sur moi, m’arrachant un cri de douleur en me mordant sauvagement le bras. Néanmoins, j’avais compris le message, et je rampais avec difficulté sur le côté, contre la grille même de l’enclos des ours.

Le sang coulait en abondance de mon bras blessé, dégoulinant sur les marches de granit jusqu’en bas de la butte.

Le lendemain, après être passé à l’hôpital, sous les instances du directeur (paniqué à l’idée qu’un homme blessé ne détruise la réputation toute récente de son zoo) pour vérifier que la plaie ne s’infectait pas, je subis à mon travail les moqueries de mes collègues, qui se complaisaient apparemment dans les histoires à dormir debout de loup-garou et dieu loup de la mythologie nordique. De plus, la pleine lune était la nuit suivante, ce qui profitait évidemment aux blagues sans aucun intérêt.

C’est sans aucune peur que je m’endormis ce soir-là.

Là encore, malheureusement, ce qui se passa ne fit qu’augmenter mon malaise, car je n’eus absolument aucun souvenir de cette nuit, ou du moins d’une grande partie car je me rappelle gigotant sous mes couvertures, n’arrivant pas à m’endormir, pendant quoi ?, deux heures, le soir.

Je me réveillai extrêmement fatigué, comme si j’avais cavalé à travers la ville pendant toute la nuit, et mon dos me faisait atrocement mal.

J’eus la mauvaise surprise, de voir que l’étrange événement avait fait la une de la moitié des journaux de la ville. Des photographes s’étaient glissés dans le zoo, en pleine nuit, prendre des photos de l’enclos aux loups ! Ces photos me gênaient, je ne savais pourquoi. Peut-être était-ce la lueur mauvaise que j’avais décelé dans les yeux du loup. De plus, on ne distinguait des loups que douze silhouettes grises, à peine révélées par le flash des appareils photo, regroupées sur le sol.

Je passais la journée à toucher mon bras blessé, dessinant du bout du doigt le contour net des crocs dans ma chair, la crevasse douloureuse qu’ils avaient creusée jusqu’à mon os. Je ne croyais pas aux loup-garous, ni aux loups maléfiques des scandinaves tombés sur la tête. Les histoires pour faire peur, de loup surnaturel mordant un humain, le condamnant ainsi à devenir un loup étrange chaque nuit de pleine lune, à minuit, ne me faisaient pas peur. J’étais un homme rationnel.

Et pourtant.

Un mois plus tard, je faisais encore des cauchemars, et je passai une fois encore une nuit sans aucun autre souvenir qu’une agitation fébrile, une torture silencieuse – et une immense fatigue au réveil.

Un soir, en rentrant du travail et en accrochant ma veste au porte-manteau, je fis tomber une pile de vieux journaux, et mon regard s’arrêta sur une des photographies de l’enclos des loups. Et je compris alors ce qui me gênait depuis un mois.

Il y avait un loup de trop.

Posted on: mai 20th, 2014 by Fanny Fleury-Bluteau